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Feuilleton: « le petit Abdel et l’histoire de Béni-Mellal » Contes et réalité du Maroc de 1947 à nos jours (page 5)
Bien entendu, dans l’esprit d’Abdel cette femme c’était Aicha Kandicha.
Il se rappela les contes arabes que lui racontait son oncle Aami et le premier à lui venir à l’esprit était celui de ce légendaire personnage. Les fantasmes les plus extravagants faisaient l’objet d’affabulations dans toutes les chaumières du pays.
On la voyait sous les formes d’une femme belle qui, comme les sirènes des mers captivaient et envoûtaient tous les hommes qui la rencontraient, surtout la nuit et surtout aussi dans les hammams, les bains maures.
La seule chose qui la différenciait des femmes c’est qu’elle avait, à la place des pieds, des sabots fourchus comme ceux des caprins et des djinns (diables). Elle les cachait bien pour ne pas être démasquée. Elle avait aussi, selon les légendes, des cornes de chèvres bien enfouies dans sa chevelure . Elle avait la faculté de disparaître aussi vite qu’elle arrivait. Malheur à qui l’emmènerait avec lui. Elle
le dévorait ou le transformait en rocher ayant une grossière forme humaine. Tiens il y en a un, juste à côté de la tombe du marabout de Larbaa. Abdel en avait peur.
Les gens essayaient d’éviter de passer à côté.
Aicha Kandicha avait pris l’habitude saugrenue de loger aussi dans les lacs, les rivières, les vieilles demeures ou châteaux abandonnés, les mers, les cimetières (tiens donc !) et les hantait la nuit, ainsi personne n’osait se baigner la nuit ou se promener dans ces endroits ou être seul la nuit dans un hammam.
L’oncle Aami avait une nuit, raconté à Abdel, d’où était venue Aicha Kandicha.
Un sultan (le roi) avait trois épouses, la favorite était la jeune dernière, la plus belle aussi, elle s’appelait Aicha.
Le sultan logeait, chez elle, trois nuits par semaine et les autres seulement deux. Ce qui exaspérait les rivales. Elles devaient donc trouver une solution, après avoir épuisé tous les artifices, les sortilèges des marabouts, des désen-voûteurs.
Un jour que le sultan était en voyage pour les affaires, du royaume. elles appliquèrent la solution préconisée par un sorcier dont les sortilèges étaient garantis.
Elles préparèrent du henné avec des plantes et des produits que l’eunuque leur apporta. Puis elles invitèrent Aicha à induire sa chevelure avec cette préparation. Souvent les femmes avaient l’habitude de faire des après-midi de henné on se détendait, on racontait des histoires, tout en se recouvrant la chevelure de ce produit qu’on dit sorti du paradis. Donc, il n’y avait rien de suspect, aux yeux de Aicha qui était jeune, un peu naïve et, était loin de se douter de ce qu’ourdissaient ses rivales.
Celles-ci, tout en recouvrant du henné spécial, ses beaux cheveux, lui plantaient de fines aiguilles dans le cuir chevelu qui était rendu insensible par les divers constituants du mélange.
A la fin de leur horrible besogne, la pauvre Aiche se transforma en tourterelle et s’envola.
(à suivre)
© Nassaf Abdellatif
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